Retour sur « l’affaire Mélenchon »

Il y a exactement un an, j’ai posté sur Dailymotion une vidéo dans laquelle Jean-Luc Mélenchon s’emporte contre moi.

Cet « incident microscopique », ainsi que l’a qualifié le désormais co-président du Parti de Gauche, datait du 19 mars – entre les deux tours des élections régionales, donc.

Pourquoi revenir maintenant sur cette « affaire » ? Pour relancer le « buzz » ? Certainement pas. Il m’en a trop coûté la première fois pour avoir envie de revivre une telle période.

Simplement, cette vidéo est accessible à tous, et puisque tel est le cas, il me semble utile de mettre également à disposition un maximum d’éléments de contexte.

Par ailleurs, mon silence a laissé tout loisir à Jean-Luc Mélenchon de déformer les circonstances du tournage de cette vidéo (encore récemment ici, par exemple). Il est devenu insupportable d’écouter ses interventions calomnieuses et de rester bouche cousue.

Evacuons d’entrée une première chose : c’est moi qui ai pris la décision de poster cette vidéo sur Dailymotion en utilisant le compte de l’école de journalisme de Sciences Po, où j’étudiais à l’époque – tout simplement parce que je n’avais alors pas de compte à mon nom.

Et la vidéo n’a pas été réalisée dans le cadre d’un prétendu cours de « buzz », comme je l’ai parfois entendu à l’époque (soupir). Il n’existait pas et à ma connaissance, il n’existe pas plus aujourd’hui de tel cours dans cette école (voir ici et ).

Le tournage

Ce vendredi 19 mars 2010, c’est, comme chaque vendredi, jour de simulation de journal à l’école de journalisme de Sciences Po.

D’abord parti tourner dans le 15ème arrondissement avec une camarade, je me rends ensuite seul au métro Cour Saint-Emilion, dans le quartier de Bercy, à Paris.

J’avais vu sur l’agenda de l’AFP que le Front de Gauche y organisait une distribution de tracts.

Je m’y rends donc avec une caméra, en « bi-qualif », comme l’on dit dans le jargon des journalistes, c’est-à-dire en étant à la fois « JRI » (Journaliste Reporter d’Images, celui qui filme) et « Rédacteur » (celui qui pose les questions).

Mon idée : proposer un élément de journal appelé « off+son » (toujours du jargon, désolé…), c’est-à-dire des images d’illustration que le présentateur commenterait en simultané, puis la diffusion d’un extrait d’interview dans la foulée.

L’angle de l’interview était très simple dans mon esprit, et finalement très classique : comment le Front de Gauche, quelques jours après le premier tour, voit-il le second tour et le raz-de-marée qui s’annonçait pour les candidats de la gauche – et, notamment, du Parti Socialiste ?

C’est d’ailleurs l’idée qui ressort de ma première question (rien, de cette première question, n’est caché dans la version intégrale. J’ai simplement appuyé sur « REC » en cours de question).

Après quelques plans d’illustration commence donc l’interview. Voici l’intégralité des images de ce tournage, avec la version intégrale de l’interview, également, pour que chacun puisse juger sur pièces.

Relances et réaction

J’avoue ne plus très bien me souvenir de ce que j’ai ressenti sur le moment. Le plus probable est que j’étais trop concentré sur l’interview pour me rendre compte de la violence des propos de Jean-Luc Mélenchon.

Puisque le co-président du Parti de Gauche s’emporte assez vite, et use de termes insultants à l’encontre du métier de journaliste, j’ai avant tout adopté une posture défensive – tout en restant à mon sens courtois avec mon interlocuteur.

La version intégrale du tournage lève aussi les doutes sur l’introduction de la « Une » du « Parisien » au sujet des maisons closes. C’est bien Jean-Luc Mélenchon qui amène cet élément dans notre conversation, et en aucun cas moi.

J’insiste également sur la question de la prostitution parce qu’elle me semble être, à l’inverse de ce qu’affirme Jean-Luc Mélenchon, un débat de société.

Il m’est arrivé à plusieurs reprises d’avoir des conversations, en famille ou entre amis, sur le sujet. Le fait que mon interlocuteur balaie le sujet alors que c’est lui-même qui a discuté la pertinence de cette « Une » me paraissait injustifié.

« Le Parisien » avait fait son boulot (et l’avait bien fait)

Je me souviens par ailleurs très bien avoir lu, la veille de l’interview, « Le Parisien » en question.

Première remarque : le quotidien a titré sur la réouverture des maisons closes non pas deux jours après le premier tour, comme l’indique Jean-Luc Mélenchon, mais quatre jours après. Cela peut paraître un détail, mais en « temps journalistique », deux jours de différence, c’est beaucoup.

Deuxième remarque : « Le Parisien » avait fait un travail plus qu’honorable sur la question des élections régionales, avant et après le premier tour. Pour preuve : les « Unes » du « Parisien » datées de lundi 15 et mardi 16 mars étaient en l’occurrence consacrées aux élections régionales.

En fait, Jean-Luc Mélenchon semble s’étonner et regretter que les « grands médias » ne parlent pas de politique toute la semaine suivant un premier tour d’élection.

Mais il me paraît difficile de reprocher à un journal populaire comme « Le Parisien » de s’adresser à son lectorat ; si le quotidien avait effectivement parlé de politique en « Une » toute la semaine, il est probable que cela s’en serait ressenti au niveau des ventes.

La suite est limpide : au lieu de privilégier la courtoisie et la raison, Jean-Luc Mélenchon choisit la confrontation et l’injure.

« Pourtant, je vote à gauche »

Cela pourra paraître un choix discutable, notamment pour certain(e)s confrères, consoeurs, ou collègues, mais j’ai choisi de publier l’intégralité de la vidéo, en incluant la fin, initialement coupée au montage.

Il m’avait semblé à l’époque que l’objet de la vidéo, c’était cette altercation, et que mes opinions politiques ne regardaient que moi.

Mais je publie aujourd’hui intégralement cette vidéo, et il serait malhonnête de ma part d’en laisser de côté cette partie.

Inclure ma dernière réaction permet aussi de contredire la version de Jean-Luc Mélenchon, qui, à plusieurs reprises, a prétendu que j’avais « pleurniché » en fin d’interview en le suppliant de m’expliquer pourquoi il s’adressait ainsi à moi, un jeune de gauche. Cela, aussi, est donc faux.

Ma réaction est plutôt celle d’un étonnement de ma part : je suis plutôt du même bord que cet homme…et je me dis alors : une personnalité politique de premier plan (et qui plus est de gauche, à mon sens) se doit d’être exemplaire si il ou elle aspire à représenter ses concitoyens.

Or, ce n’est clairement pas le cas ici. Sur le coup, j’étais donc très surpris, et très déçu. J’ai laissé échapper cette réaction, c’est ainsi.

Mais le fait que je me situe politiquement à gauche ne m’empêche pas de faire mon travail de journaliste en gardant une distance.

Les journalistes ont des opinions politiques, il serait stupide de le nier. Mais quand un(e) bon(ne) journaliste fait son métier, il ou elle arrive à mettre ses préférences politiques de côté.

Je crois en avoir fini avec cette explication a posteriori. Je répondrai, aussi rapidement que possible, aux éléments qui demeureraient malgré tout obscurs. Les commentaires injurieux, évidemment, ne seront pas publiés.

Félix Briaud.

Ajout du 31 mars, 17h05

Voici l’altercation, vue d’une autre perspective : celle de la caméra d’autres étudiants en journalisme présents ce jour-là.

Cette vidéo inclut la fin de la discussion, dont je ne disposais pas puisque j’avais arrêté l’enregistrement sur ma caméra.

Publicités
Publié dans Uncategorized | 249 commentaires